Chapitre IV -Casanova et la révolution française-

Prise de la Bastille, Jean-Pierre Houël, 1789

Prise de la Bastille, Jean-Pierre Houël, 1789

 

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Casanova raconte si bien ses aventures qu’on a oublié que ce franc-maçon est aussi un homme politique.

Cependant il est loin d’être un républicain, même si la première publication de l’Histoire de ma vie, gommant certains passages, a voulu le faire croire. Il n’est pas épris de la «maudite révolution de France». Tout au contraire, ce sont ses amis qui sont guillotinés, c’est le monde dans lequel il aimait tant se mouvoir et plaire qui disparaît. Et surtout, avec la Révolution, c’est la victoire de la moralité publique qu’il ne peut, comme toute loi, accepter. Sa liberté est tout autre, individuelle, personnelle, indifférente à la prise du pouvoir.

Casanova est en fait un conservateur, puisque ce n’est qu’avec les normes sociales imposées par son temps qu’il peut se révéler singulier. « Étant prêt à payer de ma personne, je me croyais tout permis, car l’abus qui me gênait me paraissait fait pour être brusqué. » Il oscille entre son penchant à la contestation de l’autorité, de la loi, de la morale et son besoin de s’appuyer sur une loi stable et juste. Il ne revendique rien d’autre que le bonheur pour lui-même et Dieu pour tous. Il y a beaucoup d’incohérences dans la philosophie et les croyances de Casanova. Mais ne l’a-t-on pas dit aussi de Rousseau ?Casanova est un homme de son temps. En effet, tout comme lui, le XVIIIe siècle des Lumières ne croit pas en la démocratie, son modèle politique est le monarque éclairé. On peut cependant penser qu’après ses différents enfermements, en particulier son expérience des Plombs, Casanova se montre prudent et ne parle philosophie ou religion qu’avec des amis. Son expérience de la vie le rend aussi sans doute plus réaliste que de nombreux philosophes. Il peut ainsi écrire: «Tout le genre humain sait que la vraie liberté n’existe ni ne peut exister nulle part.» De même, il hésite entre pensée rationnelle et ésotérisme. Il assume la part d’ombre des Lumières qui, en remettant en question la toute-puissance de l’Église, sont à la recherche de repères empiriques.

Avec la Révolution sonne la victoire des valeurs bourgeoises de la morale, de la vertu, de la discipline sur les passions ; le sacrifice des désirs personnels pour le bien commun devient un idéal de société, que le narcissique Casanova ne peut évidemment comprendre. L’heure n’est plus à la frivolité… Avec lui meurt un monde, toute l’intelligence d’un siècle, mais ses écrits demeurent : ils nourrissent pour toujours un appétit de vivre…

Fuente: Anne-Sophie Lambert , Casanova, la passion de la liberté

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