Chapitre I -Autour de l´Europe-

carte voyages

Principaux voyages de Casanova à travers l’Europe, expositions.bnf.fr

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Il est l’aventurier de sa propre vie.

Casanova ne fait pas le « grand tour » aristocratique de l’Europe au XVIIIe siècle, même s’il est animé par la volonté de découvrir le monde et les peuples afin de développer sa personnalité. Ce n’est donc ni sur les pas de Rousseau, chantre du nomadisme, ni sur les traces de Voltaire à la mobilité contrainte qu’il parcourt l’Europe. Casanova est avant tout l’aventurier de sa propre vie. D’ailleurs, ce n’est pas le paysage qui l’intéresse dans le voyage mais les rencontres. Il observe les particularités des peuples, captant l’air du temps, les mœurs, les manières de vivre et finalement, on ne peut qu’être admiratif devant sa facilité, voire sa désinvolture à se mouvoir dans une Europe pourtant complexe dans ses différences politiques, sociales et économiques.

D’ailleurs, ce n’est pas le paysage qui l’intéresse dans le voyage mais les rencontres. Il côtoie aussi bien le grand monde (philosophes, écrivains, rois, pape…) que le monde marginal des joueurs, des prostituées, des alchimistes. Son univers est bien plus vaste que celui des boudoirs. Casanova rejette en effet l’enfermement libertin d’un Sade. C’est en moraliste et en homme de lettres qu’il voyage, prenant des notes sur ses capitulaires. Il observe les particularités des peuples qu’il rencontre, captant l’air du temps, les mœurs, les manières de vivre. Il écrit ainsi: «En France, rien n’est vrai, tout est apparence. La France est comme un bateau qui ne demande qu’à avancer et qui cherche le vent…», et plus loin: «La nation française serait plus sage si elle avait moinsd’esprit.», annonçant ainsi l’ère du changement, l’air d’une révolution.

Évidemment, le déplacement n’a pas d’intérêt en soi pour Casanova, même s’il nous donne de nombreuses informations sur le confort, la rapidité et le coût des moyens de transport (de la chaloupe au «pot de chambre» en passant par le carrosse), sur la qualité des auberges (des plus prestigieuses de son époque, comme les Balances à Genève, aux plus sordides), sur les prix de la vie quotidienne. Ainsi se dessine un véritable guide de voyage dans l’Histoire de ma vie, dont certains passages semblent même inspirés par le célèbre guide de Misson, Nouveau voyage d’Italie. Certes, il ne parle que très peu du pittoresque touristique, des monuments, mais toutes les spécialités gastronomiques sont testées (rien ne surpassant cependant la cuisine française ou un bon plat de macaronis), tous les lieux de divertissement (théâtres, opéras, salles de jeux) sont visités, les meilleurs bailleurs de fonds sont approuvés, la mode est détaillée…

Cependant, en tant que joueur, Casanova considère surtout le voyage comme le moyen de remettre la chance en jeu, de vérifier son pouvoir de séduction. Ainsi, la même stratégie et le même scénario se répètent dans des décors différents de cette Europe de la conversation et de la galanterie: où qu’il soit, il soigne son entrée en scène, variant ses toilettes et ses bijoux, il connaît les personnes à fréquenter, celles qui peuvent vous recevoir, vous protéger, il sait comment capter l’attention par son grand sens de l’art oratoire. Mais surtout il sait sortir de scène, ne doutant jamais de sa chance future ailleurs. Finalement, on ne peut qu’être admiratif devant la facilité, voire la désinvolture de Casanova à se mouvoir dans une Europe pourtant complexe dans ses différences politiques, sociales, économiques.

Franc-maçon, citoyen de l’Europe, Casanova n’est pas pour autant un diffuseur d’idées révolutionnaires mais plutôt d’un individualisme moderne.

 

Fuente: Anne-Sophie Lambert , Casanova, la passion de la liberté

 

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